En rupture avec les valeurs de l’époque et suite aux conséquences humaines désastreuses de la Première Guerre mondiale, des mouvements de révolte intellectuels, littéraires et artistiques se développent en Europe. 

 

Dominé par la personnalité d’André Breton, le Surréalisme, s’oppose à la guerre, et plus largement au rationalisme académique du XIXe siècle.

Le Surréalisme est dans la continuité du dadaïsme. Mais tandis que les dadas prônent l’anarchisme, les surréalistes recherchent la création. La scission entre le dadaïsme et le surréalisme est prononcée en 1922. 

 

Georges Hugnet est le premier historien du groupe Dada. Dès 1924, il fait paraitre ses études dans des revues telles que Cahiers d’Art et Minotaure, retenant l'attention d'André Breton, qui l’intègre au groupe surréaliste en 1932.

 

Comme le résume Hugnet dans Le Bulletin du Musée d’Art Moderne  d’octobre 1936, « après l’expérience anarchique de Dada, Breton fait allégeance à la folie, au rêve, à l’absurde, à l’incohérent, en un mot, à tout ce qui s’oppose à l’apparence de la réalité ».

 

Le Surréalisme qui est d'abord d'essence littéraire, privilégie comme terrain de recherche, l’expérimentation du langage exercé sans contrôle. 

C'est en 1934 que l’artiste Oscar Dominguez rejoint les Surréalistes et apporte au groupe la technique de la décalcomanie. Dans la mouvance des recherches sur l’automatisme et le hasard, il développe « la décalcomanie sans objet préconçu » et des «  décalcomanies automatiques à l’interprétation préméditée ».  

 

La décalcomanie devient le mécanisme de représentation du rêve et de l’imaginaire.

 

L’oeuvre que la Galerie Angle a le plaisir de présenter, illustre la technique de la décalcomanie «  sans objets » initiée par les Surréalistes et sublimée par Georges Hugnet, dévoilant un « paysage intérieur ». Dans cette oeuvre située vers 1938, l'artiste en appel à l’inconscient pour faire jaillir la puissance créatrice issue du rêve, du désir et de l’instinct. 

 

L’oeil du spectateur perçoit une part de rêve et s’immerge dans une réalité fantasque et fantasmée. Les pressions aléatoires donnent naissance à un monde imaginaire, fascinant et inquiétant. Le noir et le fond laissé blanc façonnent la feuille qui se mue en un paysage libéré de toute représentation du réel.

Les empreintes digitales, figées à jamais sur les coins supérieurs de l’oeuvre, confèrent un aspect historique et éminemment intime à l’oeuvre. Le regardeur, pour emprunter la formule à Marcel Duchamp,  devient le témoin de ces avant-gardes et du besoin vital d’ « absolu poétique », comme échappatoire aux horreurs du monde. 

 

Hugnet sera exclu du mouvement en 1939 mais continuera inlassablement sa recherche de la beauté graphique, par les décalcomanies automatiques à l'encre noire, les photomontages et collages photographiques, les découpages de journaux et l'assemblage de matériaux divers. 

 

   The Bulletin of The Modern Art (1933-1941), vol. I, Ed. Arno, New-York, 1967.

   La révolution surréaliste, Ed. Centre Georges Pompidou, Paris, 2002

   Gérard de Cortanze, Le monde du surréalisme, Ed. Complexe, Paris, 2005. 

   Marcel Duchamp, Le Marchand de sel, Ed. Le terrain vague, Paris, 1958.

   Georges Hugnet, L’aventure Dada (1916-1922), Ed. Seguers, Bruxelles, 1971

    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PAYSAGE SURREALISTE DE GEORGES HUGNET​ (1906-1974)

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Georges Hugnet (1906-1974)

Paysage surréaliste

Décalcomanie, encre sur papier

Monogrammé en bas à droite

France, circa 1938

Provenance : collection privée suisse

​Man Ray, Portrait de Georges Hugnet, photographie originale, 1934. Repr. dans Pérégrinations de Georges Hugnet, Centre Georges Pompidou, 1978, p. 13.

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